Contribuez à la transition énergétique!

Citoyen responsable, vous achetez de l’électricité «100% verte». Le hic ? Les fournisseurs achètent leur énergie (produite par des centrales au gaz ou des centrales nucléaires) en bourse à l’étranger. Et elle n’est absolument pas garantie 100 % verte. En effet, que ce soit en Belgique ou ailleurs, presque personne ne produit encore 100% d’électricité verte. Mais on peut «verdir» son label pour peu d’argent… «Si, un jour, on veut se passer des centrales nucléaires, il faut qu’il y ait des unités de production d’une électricité plus respectueuse de l’environnement en Wallonie», explique Mario Heukemes, l’un des fondateurs de la coopérative Cociter. «Notre association a été créée il y a un an, car nous voulons être acteurs de cette transition. Nous souhaitons y participer grâce aux investissements, inviter les consommateurs à financer l’outil de production de l’électricité qu’ils consomment et à en avoir le contrôle.»

La réalité du terrain

Aujourd’hui, Cociter (Comptoir citoyen des énergies) regroupe neuf coopératives, toutes situées en Wallonie. «Les coopératives que nous fédérons sont historiquement principalement éoliennes, mais leur diversification vers d’autres formes d’énergie est en cours», poursuit le créateur. «Chacune d’entre elles est entièrement libre de proposer une collaboration en fonction de ses caractéristiques locales et de la réalité du terrain. Ainsi, nous avons déjà un peu de photovoltaïque, d’autres coopérateurs s’attachent à restaurer des turbines hydrauliques. Tous les coopérateurs des différentes coopératives associées sont donc propriétaires de leur fournisseur d’électricité. De surcroît, ils ont la garantie que l’électricité que nous leur vendons est produite à 100% en Wallonie.»

Une offre étendue

À l’heure actuelle, Cociter ne compte encore que 900 clients. Pourtant, il serait déjà capable de fournir de l’électricité à… 14.000 ménages. L’offre se limite pour l’instant à la Wallonie, mais elle s’étendra ultérieurement à la Région Bruxelles-Capitale. Les coopératives sont ouvertes à tous et tout un chacun peut devenir client (vous avez le droit de changer de fournisseur d’énergie, moyennant un préavis d’un mois pour résilier votre contrat actuel). L’affiliation se fait très simplement via Internet. Vous pouvez bénéficier de deux tarifs. Si vous n’êtes pas membre d’une des coopératives de production associées à Cociter, votre tarif sera légèrement plus élevé. Si, en revanche, vous décidez d’en rejoindre une en tant que membre et si vous prenez des parts pour un montant de 100 e minimum, vous pourrez profiter des tarifs réservés aux coopérateurs des coopératives associées.

Des tarifs à la baisse

L’électricité «100 % verte», locale et citoyenne, est-elle moins chère? Oui. Vous pouvez réaliser une économie de l’ordre de 15 % sur votre dernière facture de décompte. «Dans une facture d’électricité, il y a différents postes», souligne Mario Heukemes. «Les frais de transport et les taxes sont les mêmes chez tous les fournisseurs et, malheureusement, ont récemment augmenté. Les différences de prix se situent au niveau des abonnements, de l’énergie elle-même, du coût de sa production, des salaires et des certificats verts. Sur ces éléments, qui représentent entre 35 et 40 % de la facture, nous pouvons agir. Le juste prix est notre cheval de bataille. Cela dit, j’insiste et je rappelle notre objectif principal. Derrière notre concept il y a une démarche citoyenne. Nous nous battons pour que le citoyen wallon puisse investir et s’investir dans la transition énergétique. Et pour garantir et accroître la participation citoyenne dans tout parc éolien, quel qu’il soit.»

COCITER – De  l’électricité locale et durable

«C’ est fantastique, ça y est, on produit de l’électricité ! Mais c’est quand même un peu bête de devoir toujours acheter notre énergie à Electrabel, Lampiris ou une autre grosse entreprise privée. »

Cette réflexion, nombreux sont les membres de coopératives citoyennes qui se la sont faite. Car l’électricité produite par les éoliennes, panneaux solaires ou centrales à biomasse qu’ils ont contribué à installer par leurs investissements est injectée dans le réseau et achetée par des fournisseurs autres, pas toujours très citoyens… Frustrant !

« Tirer des lignes électriques vers chacun de nos coopérateurs n’était évidemment pas possible, sourit Mario Heukemes, fondateur de la coopérative Courant d’air (lire ci-contre). La seule solution était donc de devenir à notre tour fournisseur. »

Avec une autre coopérative, Clef, puis bientôt avec Ferreole (voir ci-contre), Lucéole, HesbEnergie, Vents du Sud, Nosse Moulin et Champs d’énergie, tous membres de la fédération Rescoop, ils ont décidé de se lancer dans l’aventure. Ce sera Cociter, nouveau fournisseur wallon, d’énergie exclusivement locale et renouvelable !

« C’est un métier compliqué, très balisé, explique le fondateur, nous étions sans expérience et sommes partis d’une page blanche. »

Pendant quatre ans, des bénévoles vont ainsi plancher sur le sujet pour comprendre comment le système fonctionne, quels outils sont nécessaires ou comment « assurer l’équilibrage du réseau ».

En 2015, Cociter est fin prêt et se lance sur le marché wallon. Et fait à présent son entrée dans le classement Greenpeace des fournisseurs et dans le comparateur de la Commission wallonne pour l’énergie.

Donner de l’ampleur au mouvement

« Nous reprenons l’énergie sur le réseau pour la revendre à prix coûtant, mais pas seulement, développe Mario Heukemes. Car l’enjeu de la réappropriation citoyenne des énergies est très fort. Il suffit de se souvenir du débat sur le black out il y a quelque temps et du travail énorme de lobbying mis alors en œuvre par les pronucléaires pour démontrer que les centrales atomiques étaient indispensables… »

Permettre au citoyen de se réapproprier ce savoir, de se forger un avis, transmettre une information différente aux cabinets politiques, c’est aussi cela le rôle que veut jouer Cociter.

« Les décisions dans ce domaine auront des conséquences pendant des décennies ! »

Lorsqu’un fournisseur se présente comme « vert » en allant acheter des « labels de garantie d’origine » au Danemark ou en Islande où ils sont à très bas prix, il n’incite pas à la production locale chez nous et n’aide aucunement la transition énergétique.

« Notre combat c’est de rendre cette transition énergétique nécessaire la plus accessible à tous, poursuit Mario Heukemes.
Que l’énergie verte ne soit pas réservée à un club de militants. »

Cociter, qui rassemble à présent les 8 000 membres de ses coopératives, est ainsi à la recherche d’une formule permettant à tout un chacun de devenir coopérateur, même lorsqu’on a peu de moyens – une part dans l’une des coopératives citoyennes se montant à 250 euros.

« On pourrait imaginer des parrains, pour des personnes qui prendraient des parts en payant 5 euros par mois par exemple. Il faut trouver des solutions. Nous voulons rassembler, que ce mouvement citoyenprenne de l’ampleur. C’est un vrai enjeu de développement local durable. » — L.d.H.

  1. www.rescoop-wallonie.be, rescoop.eu
  2. www.greenpeace.org/belgium/fr/electricite-verte
  3. www.compacwape.be
  4. Cociter est ouvert à tous les consommateurs wallons, mais ceux qui sont ou deviennent coopérateurs de l’une des coopératives membres ont droit à des tarifs plus intéressants.
  5. Ces labels sont reçus par les producteurs d’énergie verte qui injectent celle-ci dans le réseau européen. ils peuvent être rachetés par n’importe quel fournisseur.

Courant d’Air

« Avoir son mot à dire sur la qualité du projet »

«Au départ, c’est le défi technique qui nous attirait, raconte Mario Heukemes, l’un des fondateurs de la coopérative Courant d’air. Nous étions en 2004, les coopératives citoyennes étaient encore très peu développées. »

Au cours des premières réunions organisées dans la région autour de Waimes (Liège), le public marque rapidement son intérêt. après avoir rencontré un peu par hasard les responsables de la coopérative flamande Ecopower, et convaincus par leur modèle, les fondateurs de Courant d’air décident de se lancer.

« Nous avons introduit la demande de permis pour deux éoliennes. Dès l’obtention de celles-ci, nous avons créé la coopérative. 1 300 membres ont très vite répondu présent. »

Des investisseurs aux motivations variées : certains connaissent les fondateurs, d’autres sont des militants écologistes, d’autres encore cherchent à réaliser des investissements éthiques.

Au début, le nombre de parts par personne était souvent de trois, mais avec le temps et la confiance, la moyenne tourne autour de huit aujourd’hui.

« Dès que les mâts sont sortis de terre, nous avons vu un pic dans les inscriptions, comme chaque fois que quelque chose se passe sur le terrain. »

A l’époque, les opposants au projet sont rares. Il s’agit surtout de voisins très proches des éoliennes, inquiets des incidences sur leur vie quotidienne.

« Le fait d’être une coopérative citoyenne permet justement aux gens d’avoir leur mot à dire sur la qualité du projet, contrairement à ceux qui sont menés par le privé. Nous avons par exemple choisi les éoliennes les moins bruyantes du marché, pas les moins chères. Lors de leur réception, nous avons été déçus par le niveau de bruit, et fait pression sur le constructeur qui a du coup amélioré nettement les choses in situ. »

Le premier projet de Waimes coûtera 1,2 million. Le second, une éolienne installée à Walhain en partenariat avec Nosse Moulin et Vents d’Houyet, nécessitera un investissement d’un million d’euros.

Nous sommes une coopérative ouverte, c’est-à-dire que les investissements ne sont pas limités strictement aux mâts. Nous assurons aussi une mission sociale, avec un gros travail de sensibilisation dans les écoles et pour le grand public, mais également par le biais d’un soutien à Cap Terre, une entreprise de
formation en maraîchage, rénovation et parcs et jardins, ou par des dons à une centrale de covoiturage. »

en savoir +
www.courantdair.be

Ferréole

« Ne pas laisser tout le pouvoir aux multinationales »

En 2011, Electrabel organise une réunion d’information à Ferrières pour présenter son projet qui consiste à implanter quatre éoliennes sur le territoire de la commune.

« Il y a eu beaucoup de questions, se souviennent Bernadette Hoste et Jean-François cornet, deux des fondateurs de Ferréole, et nombreux étaient les citoyens qui se demandaient ce qu’ils devenaient là-dedans. Nous nous sentions un peu comme les habitants des pays du Sud auxquels les Occidentaux prennent leurs richesses et qui n’y gagnent rien. »

Les habitants décident alors de former une association avec pour objectif de garder une part du projet pour les citoyens – une éolienne sur les quatre prévues.

« Nous ne voulions pas tout laisser aux mains des experts et des multinationales. Nous devions récupérer une partie au moins de ce pouvoir. »

Ferréole tente d’inciter la commune à se porter candidate également, mais celle-ci reste frileuse. Et du côté du promoteur, les réponses sont floues – notamment sur le prix du permis à racheter, élément évidemment essentiel du projet.

Une coopérative, qui réunit bientôt 150 personnes, est fondée et lance les négociations également sur trois autres projets à Durbuy, Aywaille et Aywaille-Stoumont.

« Lors du changement de majorité en 2014, un moratoire de fait est imposé sur l’éolien en Région wallonne. Conséquences : le projet de Ferrières est refusé fin 2014 et deux des trois autres projets repoussés au début 2015. Celui d’Aywaille-Stoumont en est à l’étude d’incidence… »

Malgré tous ces écueils, la coopérative continue et ses 188 membres ne se découragent pas.

« C’est un projet proche des gens, qui nous concerne tous. Et tôt ou tard la Wallonie va devoir débloquer la situation. »

En attendant, les coopératives citoyennes coopèrent… entre elles : en fondant Cociter bien sûr, mais aussi en se partageant à trois (Lucéole, Vents du Sud, Ferréole) l’éolienne que possède à présent Vents du Sud à Autelbas (arlon). Et en se battant ensemble pour que la participation citoyenne de 25 % dans tous les projets wallons, aujourd’hui dans le cadre éolien non contraignant de la région, devienne demain une obligation. —

en savoir +
www.ferreole.be

Contribuez à la transition énergétique!

Citoyen responsable, vous achetez de l’électricité «100% verte». Le hic ? Les fournisseurs achètent leur énergie (produite par des centrales au gaz ou des centrales nucléaires) en bourse à l’étranger. Et elle n’est absolument pas garantie 100 % verte. En effet, que ce soit en Belgique ou ailleurs, presque personne ne produit encore 100% d’électricité verte. Mais on peut «verdir» son label pour peu d’argent… «Si, un jour, on veut se passer des centrales nucléaires, il faut qu’il y ait des unités de production d’une électricité plus respectueuse de l’environnement en Wallonie», explique Mario Heukemes, l’un des fondateurs de la coopérative Cociter. «Notre association a été créée il y a un an, car nous voulons être acteurs de cette transition. Nous souhaitons y participer grâce aux investissements, inviter les consommateurs à financer l’outil de production de l’électricité qu’ils consomment et à en avoir le contrôle.»

La réalité du terrain

Aujourd’hui, Cociter (Comptoir citoyen des énergies) regroupe neuf coopératives, toutes situées en Wallonie. «Les coopératives que nous fédérons sont historiquement principalement éoliennes, mais leur diversification vers d’autres formes d’énergie est en cours», poursuit le créateur. «Chacune d’entre elles est entièrement libre de proposer une collaboration en fonction de ses caractéristiques locales et de la réalité du terrain. Ainsi, nous avons déjà un peu de photovoltaïque, d’autres coopérateurs s’attachent à restaurer des turbines hydrauliques. Tous les coopérateurs des différentes coopératives associées sont donc propriétaires de leur fournisseur d’électricité. De surcroît, ils ont la garantie que l’électricité que nous leur vendons est produite à 100% en Wallonie.»

Une offre étendue

À l’heure actuelle, Cociter ne compte encore que 900 clients. Pourtant, il serait déjà capable de fournir de l’électricité à… 14.000 ménages. L’offre se limite pour l’instant à la Wallonie, mais elle s’étendra ultérieurement à la Région Bruxelles-Capitale. Les coopératives sont ouvertes à tous et tout un chacun peut devenir client (vous avez le droit de changer de fournisseur d’énergie, moyennant un préavis d’un mois pour résilier votre contrat actuel). L’affiliation se fait très simplement via Internet. Vous pouvez bénéficier de deux tarifs. Si vous n’êtes pas membre d’une des coopératives de production associées à Cociter, votre tarif sera légèrement plus élevé. Si, en revanche, vous décidez d’en rejoindre une en tant que membre et si vous prenez des parts pour un montant de 100 e minimum, vous pourrez profiter des tarifs réservés aux coopérateurs des coopératives associées.

Des tarifs à la baisse

L’électricité «100 % verte», locale et citoyenne, est-elle moins chère? Oui. Vous pouvez réaliser une économie de l’ordre de 15 % sur votre dernière facture de décompte. «Dans une facture d’électricité, il y a différents postes», souligne Mario Heukemes. «Les frais de transport et les taxes sont les mêmes chez tous les fournisseurs et, malheureusement, ont récemment augmenté. Les différences de prix se situent au niveau des abonnements, de l’énergie elle-même, du coût de sa production, des salaires et des certificats verts. Sur ces éléments, qui représentent entre 35 et 40 % de la facture, nous pouvons agir. Le juste prix est notre cheval de bataille. Cela dit, j’insiste et je rappelle notre objectif principal. Derrière notre concept il y a une démarche citoyenne. Nous nous battons pour que le citoyen wallon puisse investir et s’investir dans la transition énergétique. Et pour garantir et accroître la participation citoyenne dans tout parc éolien, quel qu’il soit.»

De la transition énérgétique à la démocratisation énergétique

La garantie d’une électricité 100% verte et 100% citoyenne. Actuellement, en Wallonie, seule une coopérative de coopératives est en mesure de vous la donner. Elle se nomme COCITER et son ambition est la démocratisation d’une énergie qui serait réellement mise au service de ses coopérateurs. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré Mario Heukemes, une des chevilles ouvrières du projet…

« C’est un aspect essentiel du mouvement de la transition écologique, annonce d’emblée Mario Heukemes : face à la fin annoncée de l’énergie bon marché, nous suivons la volonté de réappropriation par le Citoyen de la production d’une électricité plus respectueuse de l’environnement. Les coopératives que nous fédérons aujourd’hui sont surtout focalisées sur l’éolien. Toutefois, plus de neuf éoliennes wallonnes sur dix sont aujourd’hui détenues par des multinationales, pour la plupart à capitaux et centres de décisions étrangers. Il est donc normal que le citoyen veuille, à un moment donné, se réapproprier ces moyens de production dans un but de transparence et de démocratie. Historiquement, les coopératives que nous regroupons sont éoliennes, pour l’essentiel, mais leur diversification vers d’autres formes d’énergie est à l’état de projet; nous avons déjà un peu de photovoltaïque, d’autres collaborent à la restauration de turbines hydrauliques, etc.

Cela dépend de la réalité du terrain, chaque coopérative étant entièrement libre de réfléchir aux opportunités de collaboration qui se présentent localement. .. »

COCITER: une nouvelle étape

Une fois que les coopérateurs eurent investi ensemble dans un outil de production, crée de l’énergie verte et reparti entre eux une partie des bénéfices, une nouvelle question se posa. Comment cette électricité, injectée sur le réseau, allait-elle devenir utilisable dans leur quotidien.

« A ce moment, vers 2011·2012, explique Mario Heukemes, aucune coopérative n’était suffisamment grande pour s’investir dans l’acquisition des compétences et des moyens, informatique notamment nécessaires pour la fourniture d’électricité. COCITER a donc vu le jour, appartenant totalement aux différentes coopératives qui la composent. Chacune s’y est investie en fonction de ses moyens. Une charte précise que, quand toutes les coopératives se seront développées, elles arriveront au même nombre de parts dans COCITER afin d’assurer une répartition égale des droits sur la structure. Tous les coopérateurs des différentes coopératives associées sont donc propriétaires de leur fournisseur d’électricité. Nous garantissons ainsi que l’électricité verte que nous leur vendons est intégralement produite en Wallonie ! II s’agit donc d’un véritable circuit court de l’énergie, un véritable cercle vertueux. “

Pour quelles raisons ? Pour disposer, chez COCITER, des tarifs les plus intéressants, le client est invité à devenir membre d’une des coopératives. Cet investissement est réinvesti dans un moyen de production qui garantit précieusement que l’électricité reçue a été produite grâce à lui. Ceci garantit également que, si le mouvement progresse, de nouvelles unités de production seront construites qui per­mettront de sortir du nucléaire. Les problèmes actuels de beaucoup de fournisseurs résident, en effet, dans le fait que l’électricité verte qu’ils vendent est produite à l’étranger…

« Si nous misions exclusivement sur une telle électricité, dit Mario Heukemes, nous devrions à terme reconstruire une nouvelle centrale – nucléaire, à charbon ou à gaz- puisque l’électricité verte locale serait déficitaire. La garantie que nous lui donnons est donc indispensable pour que le citoyen wallon puisse investir et s’investir dans la transition énergétique. Nous nous battons donc également pour garantir et accroitre la participation citoyenne dans tout parc éolien, quel qu’il soit. »

Un service aux membres

« Notre volonté est, avant tout, de fournir un service à nos membres, précise Mario Heukemes. Nous ne cherchons pas à réaliser de bénéfices et, si bénéfices il y a, ils retournent intégralement dans les coopératives et profitent donc aux coopérateurs. En plus de ce service, il est important pour nous que le citoyen acquière une compétence dans des matières qui étaient aux mains de grandes entités, le monopole d’état s’étant transformé en chasse gardée pour multinationales. Cette compétence, cette expérience doivent lui permettre d’être mieux écouté par les décideurs. Or si le citoyen n’est que consommateur, il sera écouté comme tel et son avis sera rangé dans le tiroir « avis de consommateur » et pas dans celui des avis des professionnels du métier. II y aura toujours une barrière qui lui sera préjudiciable. Nous voulons donc donner notre avis en tant que consommateurs mais aussi en tant que « Citoyens de métier » dont l’avis ne subisse pas l’influence d’un background lié à l’industrie lourde, au nucléaire, etc.

« Nos communes ont aussi rapidement compris que l’énergie est un secteur stratégique et combien elle est nécessaire dans le développement local et rural. Aujourd’hui, tout est entre les mains de multinationales pour lesquelles les besoins réels des citoyens ne sont pas au centre de leurs préoccupations. Nous proposons donc de revenir seulement quelques années en arrière. Nous n’inventons rien; nous cherchons juste à nous réapproprier un peu de ce que nous avons perdu. Les coopératives citoyennes se définissent donc comme des groupes d’actions, principalement locaux, qui s’adressent aux gens vivant à proximité des ressources. Voilà ce qui mobilise les gens aujourd’hui. C’est une clé du passage à la société de l’après-pétrole! »

Des valeurs fondamentales, de solides économies

L’énergie est très comparable à l’alimentation; elle touche aux mêmes valeurs fondamentales : sauvegarde de l’environnement, processus démocratique de décision, réappropriation de biens communs, transition écologique, résilience, sobriété…

« La coopérative contribue à la responsabilisation du consommateur qui est aussi coopérateur, dit Mario Heukemes. Pour l’instant – nous avons démarré il y a un an et n’avons encore que cinq cents clients -, nous essayons de convaincre en tenant compte également du facteur prix. Il doit être concurrentiel, il doit même être plus bas que celui des principaux acteurs connus du marché. L’attractivité du prix concourt à faire entrer le client dans un mouvement ou la réflexion doit primer. Je suis également administrateur d’une des coopératives à finalité sociale associées à COCITER : Courant d’Air. Via cette coopérative et ses différents outils, il me paraît également primordial de conscientiser les gens au développement durable dans son sens le plus large. Une partie des bénéfices de cette coopérative à finalité sociale sert donc à rétribuer le capital – car la prise de risque doit être récompensée – mais le reste est utilisé pour pérenniser la structure, pour assurer les services à la collectivité et pour promouvoir l’idée de la transition dans son sens le plus large. »

Pour l’instant, dans les métiers de l’électricité, COCITER assure production et fourniture ; il reste la distribution et le transport qui sont les domaines d’Ores et Elia … Concernant la fourniture, il y a également une partie du métier que COCITER ne fait pas : c’est ce qu’on appelle le balancing, soit le contact avec le réseau pour garantir l’équilibrage.

 » Nous devons encore le sous-traiter, explique Mario Heukemes, mais nous nous initions tout doucement. Les frais de transport dépendent de la commune ou le client habite et sont à priori les mêmes quel que soit le fournisseur. La différence de prix entre fournisseurs tient donc essentiellement à l’abonnement – le service en soi, qui comprend notamment la rémunération du personnel-, l’énergie elle-même – le cout de la production, qui est intermittente et doit être compensée pour garantir sa régularité, et celui de l’équilibrage – et la quote-part de certificats verts que nous achetons à la coopérative qui produit. Ces trois facteurs représentent entre 35 et 40% de la facture totale du client sur lesquels nous pouvons agir; le reste est l’affaire du réseau, des taxes, etc. Quelqu’un qui consommerait 4.000 kWh – deux mille jour et deux mille nuit – recevra une facture d’un montant de 1.050 euros environ chez les fournisseurs classiques. Nous lui faisons généralement épargner jusqu’à 6o euros sur les trois postes que je viens de citer. Soit 60 euros sur le tiers des coûts environs – 6o sur 350 -, ce qui représente 15 à 16% d’économie. C’est énorme!

Arrêter de reporter les problèmes sur les générations futures

Pour l’instant, COC ITER serait déjà en capacité de livrer douze mille ménages, et bientôt quatorze mille. Or la coopérative ne compte encore que… cinq cents clients. Le mouvement peut donc encore être développé…

« Nous cherchons à travailler avec des réseaux amis, poursuit Mario Heukemes, des réseaux proches du mouvement citoyen. Nous cherchons avant tout à expliquer les raisons profondes qui nous animent plutôt qu’à recruter une clientèle volatile qui ne penserait qu’au prix et qui n’aurait pas reçu la bonne information. C’est un développement plus lent mais aussi beaucoup plus sûr… La concurrence, pour nous, vient du fait que les grands groupes multinationaux font du citizen washing en prétendant assurer la participation citoyenne via leurs propres coopératives. Or elles ne sont pas du tout indépendantes et ont un taux de participation très bas puisqu’elles permettent aux riverains de participer dans un rayon de… deux à trois kilomètres seulement. La participation représente ainsi un cinquantième d’éolienne, autant dire très peu de choses !

Pour nous, le danger le plus important reste cependant le nucléaire, c’est-à-dire des tarifs de nuit qu’il est impossible de concurrencer, même si nous pouvons être moins chers sur une consommation jour/nuit normale… Après l’annonce de la prolongation des centrales, le prix de l’électricité a chuté de 32% ! Autant de rentrées en moins pour les petits producteurs. C’est comme dans le lait : nous sommes comme un petit fermier qui doit jouer le même jeu qu’une ferme industrielle. On pourra trouver que c’est bien pour le consommateur mais cela ne reflète en rien la réalité. Cela n’a rien de durable. Notre action démontre que le consommateur ne doit pas nécessairement payer plus mais qu’il faut, à un moment donné, arriver à s’entendre sur le juste prix de l’énergie. Tout en faisant baisser les consommations. Le Leitmotiv de COCITER, c’est donc une énergie verte qui nous appartienne et dont le prix soit transparent. Mais c’est aussi une idée à la diminution de la consommation. Les économies ne peuvent pas être trouvées dans le prix de l’énergie car l’électricité, comme le lait, a un coût que nous ne pouvons pas comprimer… »

Vouloir une électricité a volonté et à bas coût, c’est pousser encore un peu plus le nucléaire. Mais on sait que plus il durera, plus il sera dangereux. Vouloir un lait à volonté et à bas coût, c’est pousser encore un peu plus l’agro-industrie. Mais on sait que plus elle durera, plus elle détruira notre environnement. .. Nous devons donc arrêter de consommer sans vergogne en reportant tous les problèmes sur les générations futures…