Pourquoi installer des éoliennes en forêt ?

Cette question est sensible. Elle alimente la détermination des opposants aux éoliennes, où qu’elles soient implantées, et inquiète même certains de nos membres. Ces inquiétudes sont légitimes et méritent des réponses. Elles se résument en une phrase : choisir d’implanter des éoliennes en forêt résulte d’une « balance des intérêts » », d’un compromis entre deux contraintes contradictoires :

  • d’une part préserver dans l’immédiat les biotopes et les espèces
  • et d’autre part, face à l’urgence climatique, assurer un avenir à ces biotopes et à ces espèces en recourant massivement aux énergies renouvelables accompagnées d’une sobriété énergétique maximale.

Sans les énergies renouvelables et la baisse de la consommation d’énergie, l’emballement du dérèglement climatique condamnera le milieu forestier que nous sommes tous sont désireux de préserver.

Tout l’enjeu du débat est de savoir où placer le curseur dans ce compromis entre deux façons d’envisager la préservation de l’environnement. La question restera donc toujours ouverte et la réponse liée à l’appréciation personnelle.

Vous trouverez ici les éléments qui justifient pourquoi Courant d’Air juge nécessaire d’implanter des éoliennes en forêt, vu l’urgence et l’insuffisance d’autres possibilités, et à condition de réduire et compenser leur impact au maximum.

Éclairé par ces informations, chacun de nos membres se fera librement sa propre opinion.

Pourquoi ne pas construire les éoliennes ailleurs ?

Les lieux d’implantation plus faciles d’accès et de raccordement, et plus acceptables, sont recherchés en premier lieu.

Le « Cadre de référence éolien » wallon recommande de regrouper les éoliennes par parcs de 5 machines au minimum. Une distance minimale est à respecter entre éoliennes pour éviter qu’elles se masquent le vent entre elles. Il faut donc de grands espaces, rares dans notre pays, et suffisamment éloignés des zones habitées. La réglementation impose une distance minimale de 500 m plus la moitié de la hauteur de l’éolienne, pale dressée.

Le long des autoroutes, cette règle de regroupement ne s’applique pas. Mais il faut respecter une distance minimale entre habitations et éoliennes. Or les habitations sont nombreuses, même au bord des autoroutes, dans notre région densément peuplée.

Sur les aires d’autoroute, on peut construire des éoliennes mais pour des raisons de sécurité (chute de glace notamment), une distance minimale par rapport aux voies de circulation est imposée.

Parfois, même si les conditions sont réunies, d’autres difficultés apparaissent :

  • conditions de vent locales insuffisantes ;
  • possibilités de raccordement trop éloignées ;
  • interdictions par suite de la proximité d’un aéroport et de radars civils ou militaires, de zones d’entraînement pour la Force aérienne ;
  • interdiction à cause de la présence de lignes à haute tension ;
  • interdiction à cause du passage de faisceaux hertziens de la RTBF ;
  • interdiction sur les itinéraires de migration d’oiseaux ;
  • interdiction à proximité d’un site historique patrimonial.
  • etc.

Le nombre de sites possibles se réduit. Notre pays est petit, parmi les plus densément peuplés du monde, et les possibilités d’implantation sont plus rares que sur un vaste territoire. L’autorisation en forêt a donc ouvert de nouvelles possibilités : 33 % de la Wallonie est couverte de forêt.

Dans quelles forêts est-il permis de construire des éoliennes ?

  • Jamais dans des forêts de feuillus (54 % de la forêt wallonne), la loi l’interdit.
  • Toujours dans des plantations de résineux. Dans ces forêts artificielles destinées à la coupe à blanc après 60 ans au plus tard, la biodiversité est plus faible. Elle sera fortement impactée de toute façon au moment de la coupe.
  • L’emplacement du parc éolien doit être situé en dehors du périmètre d’un site reconnu en vertu de la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature.
  • Il doit se trouver à une distance maximale de 750 m de l’axe des principales infrastructures de communication au sens de l’article R.II.21-1.
  • Les éoliennes ne sont implantées qu’à proximité de chemins d’accès déjà existants pour l’exploitation forestière. On ne construit pas de nouveaux axes de pénétration dans les massifs forestiers.

Quantitativement, le déboisement nécessaire est infime :

Projet Commune                 Surface déboisée  Pourcentage de la forêt du territoire de la commune
Mont-le-Soie Vielsalm 1,40 ha 0,017%
Courtil Gouvy 2,20 ha 0,030 %
Bernister Malmedy 1,99 ha 0,040 %
Vennstraße Raeren 1,50 ha 0,040 %

 

L’impact sur la faune et la flore

Une certaine biodiversité s’installe quand même dans les plantations de résineux. C’est pourquoi, pour chaque projet, une étude d’incidences environnementales approfondie, menée par des organismes scientifiques indépendants, l’analyse pendant plus d’un an. Les espèces sont recensées et une série de recommandations de préservation sont fournies. Un suivi du biotope a encore lieu après le démarrage du parc éolien. L’étude d’incidences influe fortement l’octroi ou le refus du permis.

Pendant les travaux, les entreprises sont tenues de respecter de nombreuses contraintes et elles sont surveillées par le DNF :

  • taille, coupe ou élagage d’arbres uniquement du 15 novembre au 15 février, hors période de nidification ;
  • pas de décapage des sols en période de nidification ;
  • pose de barrières anti-batraciens avec vérification quotidienne ;
  • aucun stockage de terre, ni stationnement, ni circulation d’engins sous la couronne des feuillus,
  • etc.

Des études menées en Allemagne, où plus de 2 100 éoliennes sont implantées en forêt, ont montré qu’après la construction, la faune réinvestit progressivement les lieux. Pour réduire l’impact sur la faune, des mesures d’atténuation et de compensation sont mises en œuvre à 10 km maximum des éoliennes :

  • installation de nichoirs ;
  • création de zones de compensation attractives pour les espèces visées ;
  • création de mares ;
  • arrêt automatique des éoliennes lors de la sortie de chauve-souris ou de migrations d’oiseaux ;
  • arrêt automatique des éoliennes par détection d’oiseaux en approche avec reconnaissance des espèces par intelligence artificielle
  • créations de zones non-attractives au pied des éoliennes, évitant que des espèces à protéger de l’impact des pales y soient attirées ;
  • etc.

Notre forêt est de plus en plus vaste

La forêt occupe 23 % du territoire belge, 11 % du territoire flamand et 33 % du territoire wallon.

La forêt wallonne n’a jamais été aussi étendue depuis 250 ans : de 433 000 ha à la fin du XVIIIe siècle, elle est passée par un déboisement sévère au XIXe siècle (309 500 ha) pour revenir au début du XXIe siècle à 546 500 ha.

L’installation d’éoliennes est temporaire

Au maximum, une éolienne reste en service pendant 25 à 30 ans. C’est beaucoup à l’échelle d’une vie humaine. C’est juste un moment à l’échelle de la vie d’un massif forestier de plusieurs siècles. Les parcelles de résineux sont certes coupées tous les 60 ans mais en décalage.

Si les forêts sont menacées c’est par l’asséchement, les incendies et les maladies (scolytes) dues au réchauffement climatique. Les éoliennes les protègent en agissant contre le dérèglement climatique.

L’emprise locale d’une éolienne est très faible

  • La fondation en béton est enterrée et invisible.
  • Après évacuation, les lieux sont remis dans leur état d’origine.
  • La fondation de 25 m de diamètre sur 3 m de haut est entièrement démolie et évacuée en fin de vie.
  • Le sol fertile est reconstitué par-dessus.
  • Des plantations d’arbres sont réalisées. C’est l’occasion de choisir des essences mieux adaptées à l’évolution du climat et donc d’améliorer la résilience du biotope forestier.
  • L’installation d’éoliennes en forêt ne modifie pas la destination du terrain. Aucune autre activité ne peut s’implanter à proximité.
  • Implanter les éoliennes en forêt permet de les éloigner des habitations.
  • 0,25 ha de forêt permet d’absorber 3 tonnes de CO2 par an. Sur cette surface, une éolienne va éviter l’émission de… 2 250 à 4 000 tonnes par an.

Pourquoi une telle hauteur ?

En forêt, il faut que le bas des pales soit éloigné d’au moins 30-35 m du sommet des arbres (la canopée), afin d’épargner les chauves-souris. Plus les éoliennes sont hautes, plus elles tournent lentement, plus le bas des pales est éloigné de la canopée. Construire des éoliennes très hautes est donc plus indiqué en forêt qu’ailleurs.

Construire des éoliennes plus hautes permet d’en implanter moins pour une même production d’énergie. Car plus l’éolienne est haute, plus le diamètre balayé par les pales est grand et plus la production est élevée. L’objectif n’est pas de construire un maximum d’éoliennes mais d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 de la Région wallonne et de l’Europe avec le moins d’éoliennes possible.

Site Hauteur totale Diamètre rotor (m) Distance au sol (m) Production (MWh/an)
Agricole 150 82 68 4 600
Agricole 180 140 40 9 200
Forêt 180 117 63 6 500
Forêt 200 138 62 9 100
Forêt 230 164 66 14 800